Blog

La santé en lutte en horaire d’hiver

Après une année d’intenses activités, après avoir tenté d’analyser l’actualité politique de notre secteur et essayé d’assurer une présence constante pendant la crise Covid, à la suite de nos belles actions des dernières semaines, l’équipe de La santé en lutte va prendre un peu de repos pour se préparer au mieux pour la rentrée !

Cette année les fêtes auront un goût particulier, on vous les souhaite malgré tout synonyme de repos et d’amour. D’ailleurs, cette crise sanitaire est peut-être le moment de réapprendre à prendre soin, à remettre le soin au cœur de nos activités quotidiennes.

On vous invite à ce propos à réécouter l’émission de Radio Panik
« Du pied gauche » du 21 octobre passé, où des membres de La santé en lutte étaient invitées pour discuter autour du care :
https://www.radiopanik.org/…/du-pied-gauche/la-sante/…

Vous pouvez également profiter de cette période pour relire le récent article sur le syndicalisme de lutte et La santé en lutte d’un de nos membres dans le journal des jeunes syndicalistes Camarade I WebMédia :
http://camarade.be/

N’hésitez pas à profiter de la pause aussi pour (re)lire l’interview dans Ballast de deux membres de La santé en lutte :
https://www.revue-ballast.fr/la-sante-en-lutte-le…/

Vous pouvez aussi plonger dans l’histoire de la naissance du mouvement de La santé en lutte avec la superbe étude du Gresea :
https://gresea.be/Conflits-dans-lesecteur-de-la-sante-et…

Le CADTM a également produit une étude et des revendications inspirantes pour le secteur, « Les soins de santé en Belgique : De la privatisation à la socialisation ? »:
https://www.cadtm.org/Les-soins-de-sante-en-Belgique-De…

Enfin, voici quelques idées de livres pour cette fin d’année, pour des cadeaux ou pour soi:

  • Anne Perraut Solivères, « infirmière, le savoir de la nuit »
  • Christophe Dejours, « Souffrance en France; la banalisation de l’injustice sociale »
  • Barbara Ehrenreich, Deirdre English, « Sorcières, sages-femmes et infirmières; Une histoirE des femmes soigantes »
  • Danièle Linhart, « La comédie humaine du travail; de la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale »
  • Nicolas Latteur, « Le travail; une question politique »
  • Fabienne Brugère, « L’éthique du Care »
  • Paul Lafargue, « Le droit à la paresse »
  • Miche et Monique Pinçon-Charlot, « Sociologie de la bourgeoisie »
  • Dominique Memmi, « Le social à l’épreuve du dégoût »
  • Valérie Auslender, « Omerta à l’hôpital; le livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé »
  • Brigitte Grèsy, « Le sexisme au travail, fin de la loi du silence? »
  • Chimamanda Ngozi Adichie, « Nous sommes tous des féministes »
  • Martin Winckler, « L’École des soignantes »

Bonne fin d’année à toutes et tous.

Rendez-vous en janvier pour poursuivre le combat !

e ne sais pas si nous serons encore capable longtemps de pratiquer nos si beaux métiers dans de telles conditions de mépris

Je suis ergothérapeute depuis maintenant 5 ans et je travaille depuis 3 ans dans un centre de revalidation gériatrique de Bruxelles. La crise du Covid ne nous a pas épargnés et je me suis retrouvée par deux fois à accompagner des patients atteints de ce fichu virus et encore à ce jour.

Ce que je retiens surtout de cette crise c’est ce sentiment d’abandon que l’on ressent vis à vis de notre hiérarchie. Nos directions (médicale, ressources humaines,…) ne semblent pas percevoir notre fatigue et notre souffrance. On est là tous les jours à se crever littéralement à la tâche mais le retour n’est que minime…

Choc post traumatique

Pour vous partager mon expérience personnelle, je me suis retrouvée en état de choc post traumatique suite à la première vague; perte complète de sommeil, perte de poids, anxiété,… J’ai donc entamé un suivi psychologique en extérieur qui m’a beaucoup aidé.

On nous avait promis un suivi psychologique sur mon lieu de travail qui à ce jour n’est toujours pas arrivé! J’estime donc que ces heures de consultation ne devraient pas être décomptées de mes heures de congé étant donné que ce suivi ne m’est pas disponible sur mon lieu de travail et qu’il est causé par mon activité professionnelle.

Eh bien non… On m’a refusé cette demande!

Comment pourrait-on continuer à travailler, à nier notre fatigue tant physique que morale si nous ne sommes pas un minimum accompagnés et soutenus ? On nous offre des primes pour nous apaiser, mais le besoin n’est pas là ! Nous avons besoin de repos avant que nos corps et nos esprits ne craquent pour ceux qui arrivent encore à tenir le coup. Nous avons besoin de reconnaissance, de bienveillance, d’une épaule sur laquelle nous reposer, nous soignants, qui sommes souvent cette béquille sur laquelle se reposent nos patients afin de se relever de leurs maux.

En plus de cette tristesse et de ce manque d’humanité que l’on ressent commence à monter la frustration et la colère. Je ne sais pas si nous serons encore capable longtemps de pratiquer nos si beaux métiers dans de telles conditions de mépris…

Beaucoup de personnes ne bénéficient pas d’une innocence présumée

Texte lu par deux membres du Collectif Rue de la Régence lors de notre rassemblement « La Santé rue de la Loi » du 11 décembre.

Bonjour à tous,

Nous étions présentes à la manifestation de la santé en lutte du 13 septembre. A la fin de la manif, nous avons été arrêté·e·s avec une trentaine d’autres personnes. La police nous a chargée violemment alors que nous quittions la manif. Trois personnes ont reçu des coups plus importants et ont été arrêté·es judiciairement. Nous étions calmes et non-violents. La réponse de la police a été d’être sourde et agressive.

Nous avons tous été dans l’incompréhension. Quelle était la raison de notre arrestation ? Avoir manifester ? Rentrer chez soi ? Manifestant·es et passant·es, on subit ce jour-là des violences policières car ils étaient « au mauvais endroit, au mauvais moment »(1). Grâce aux témoignages postés sur les réseaux sociaux, nous sommes une quinzaine à nous être retrouvés. Nous avons porté plainte au comité P et nous avons eu la chance d’avoir un relais de notre histoire dans la presse. Aujourd’hui une suite judiciaire est donnée à nos plaintes.

Nous avons formé un groupe pour nous soutenir qui s’appelle le Collectif de la rue de la Régence. N’hésitez pas à nous rechercher sur facebook. Vous verrez que sur notre page nous avons lancé une cagnotte en collaboration avec La santé en lutte pour soutenir les trois personnes qui ont été arrêtées judiciairement et qui doivent aujourd’hui faire face à des dépenses en frais d’avocat. Nous espérons que notre histoire, tristement banale actuellement, vous restera en mémoire si un jour vous êtes confrontés à des violences policières. Partager vos histoires sur les réseaux, porter plainte au comité P et ne rester pas seuls face à ces injustices !

Nous voudrions finalement mettre en lumière un point qui nous parait essentiel. Si nous avons été médiatisé, si nos plaintes sont aujourd’hui entendues c’est en grande partie grâce à nos profils socio-economique. Nous voudrions insister sur le fait que cette chance, la plupart des personnes qui subissent des violences policières ne l’ont pas. Mon histoire a ému beaucoup de gens sur les réseaux sociaux, car je suis une jeune femme blanche d’1m60, qui travaille dans les soins de santé. Personne ne part du postulat de base que j’aurai pu être agressive en première vis à vis de la police.

Beaucoup de personnes ne bénéficient pas d’une innocence présumée. On part toujours du principe que la police est là pour nous protéger et que si ils frappent, c’est que la personne l’a bien cherché. Il faut que nous luttions contre cette vision des choses. Nous devons remettre en question les actions des policiers et les ordres qui leurs sont donnés. J’ai été confrontée, une seule après-midi de ma vie, au quotidien de ce que vivent les gens de certains quartiers stigmatisés de Bruxelles. J’espère que notre histoire pourra aider les citoyen·nes de Bruxelles à ouvrir les yeux sur les dysfonctionnement et les abus qui existent au sein de la police. »

Pour le Collectif Rue de la Régence c’est par ici https://www.papayoux-solidarite.com/…/caisse-de…

Pour soutenir les collectifs qui luttent contre les violences policières n’hésitez pas à consulter les pages de Campagne Stop Répression Justice pour Adil , Justice pour Mehdi, Justice4Mawda et bien d’autres encore.

(1) Phrase prononcée par le commissaire Vandersmissen au moment de l’arrestation

Je suis témoin de la fatigue de mes collègues

Texte de La santé en lutte lu le 11 décembre à notre rassemblement

Une fois de plus, je suis dans la rue, masquée, convaincue, à la fois en colère et heureuse de pouvoir être là.

En effet, je suis témoin de la fatigue de mes collègues, j’en vois certains tomber malade, craquer, pleurer, revenir puis repartir, tout en culpabilisant de manquer à l’appel, de faire défaut, de pas convenir, de laisser l’équipe…

Je vois des gens ne plus savoir que faire, ne plus savoir qui écouter, ni comment suivre des conseils incohérents, faute de moyens humains et logistiques.

La système les a, nous a, pressé comme des citrons, vidé de notre jus, fatigué jusqu’à l’épuisement total et en plus de ça il nous fait croire que c’est de notre faute.

La pandémie est arrivée alors que déjà nous ne pouvions, faute de moyens, donner des soins de qualité. Que l’austérité avait déjà imposé le sous effectif partout et que les conditions de travail éprouvantes causaient une pénurie de personnel soignant.

La marchandisation des soins et le démantèlement de la sécurité sociale, orchestré depuis des années, mettent l’entièreté de la population en danger et maintenant on nous vend des mesurettes, pensant nous en mettre plein la vue ?

Ce n’est pas de ça que nous avons besoin!

Nous demandons

Aujourd’hui nous demandons de réels changements, des mesures concrètes, structurelles et durables.

Nous avons besoin de renforcer le secteur de la santé, de lutter contre la pénurie de personnel. Vous, les gourvernants, répondez par un encouragement au volontariat et l’exploitation des étudiant.es! Mauvaise réponse ! Exploiter la bonne volonté des gens et les jeunes en apprentissage au lieu d’engager, c’est ça que vous proposer? Ce que vous faites c’est créer une concurrence entre nous et le travail gratuit des volontaires ! Car il y a des postes à pourvoir ! Il faut permettre des engagements et sortir des contrats précaires ; CDD, intérims, temps partiels imposés, fausses-indépendantes (que nous ne connaissons que trop).

Nous avons besoin de temps pour mettre de l’humain dans les soins. A cela vous répondez par la loi de délégation des soins. Mauvaise réponse : cette délégation est une mesure inadaptée qui montre à quel point vous ne savez pas de quoi vous parlez, qui montre tout le mépris que vous avez pour le personnel soignant. Vous considérez nos métiers comme des listes de tâches interchangeable et vous ignorer notre professionnalité !

Refinancement structurel

Nous avons besoin d’un refinancement structurel de la santé et d’une réelle reconnaissance de nos métiers, vous répondez par des primes auxquelles tout le monde n’a même pas droit. Là encore c’est une mauvaise réponse : c’est d’une revalorisation salariale pour tous les métiers du secteur que nous demandons. Des aides logistiques en maison de repos, aux étudiantes qui font du faux bénévolat. Des infis à domicile à celles aux soins intensifs. Des accueillantes de planning familial au cuisines de l’hôpital.

Ces moyens que nous demandons sont nécessaire pour garantir l’accès à des soins de qualité pour tout le monde.

Nous avons aussi besoin d’une véritable politique de prévention. Vous avez construit un système de santé sur le curatif plutôt que le préventif. Ce système avec le financement à l’acte favorise la consommation des soins. Aujourd’hui il pousse à garder une population malade qui consomme des médicaments au lieu de prévenir les maladies. Il faut refinancer la première ligne : soins à domicile, maisons médicales, les mécanismes de prévention ! Il faut agir sur les déterminants de la santé comme le logement, le salaire, l’alimentation,… et avoir une vision à long terme.

Enfin, nous avons besoin de mesures sanitaires solidaires. Il faut arrêter la culpabilisation individuelle, arrêter de marteler que l’on se contamine surtout dans les activités sociales alors que sur de nombreux lieux de travail les mesures sanitaires ne sont pas appliquées. Actuellement des personnes travaillent cachées par manque d’aides sociales.

Combattons l’austérité

Nous questionnons votre couvre-feu qui exclut les plus démunis et rend criminel le simple fait d’être là la nuit. Pourquoi ?

Vos mesures « sanitaires » ressemblent bien plus à une assignation à résidence généralisée, pour celles et ceux qui en ont une… Elles favorisent l’isolement, renforcent la précarité et l’exclusion. Leurs conséquences psychologiques et sociales sont visibles tout autour de nous. Nous avons besoin de mesures sanitaires solidaires et non sécuritaires. L’auto-défense sanitaire et la prise en main collective de la santé est une nécessité. Remettre en question les mesures qui excluent les plus démuni·es, c’est aussi soigner.

La vie et la santé de la population sont en jeu. Si nous n’attaquons pas la source du problème, chaque nouvelle « crise » nous fera revivre le même cauchemar.

Parce que LE CAPITAL TUE LA SANTÉ, nous COMBATTONS L’AUSTÉRITÉ. ✊

L’argent dépasse l’humain

Nous ne sommes pas seules à faire les frais de ce système où l’argent dépasse l’humain, où la matraque dépasse le soin.

Nous pensons aux autres personnes concernées par des oppressions systémiques ou oubliées qui parleront juste après : aux femmes, aux personnes LGBTQIAP+, aux personnes noires ou racisées, aux personnes sdf, sans-abris, mal-logées, et/ou sans-papiers. Nous pensons aux travailleuses et travailleurs du sexe, à celles et ceux de l’horeca, des milieux festifs, de la culture ou du commerce nocturne.

Nous pensons aux personnes qui ont vu leurs soins annulés, repoussés, qui ont vu leur santé physique et mentale se dégrader, aux personnes décédées.

Et pour finir nous pensons à toutes les luttes en Belgique et ailleurs qui se voient interdire le droit de manifester et se font attaquer, arrêter et poursuivre en justice.

Si vous, les gouvernants, n’écoutez pas le personnel de terrain, si vous n’écoutez pas les usagers et usagères, nous nous organiserons, nous crierons plus fort et nous reviendrons pour l’acte 2 de la Grande Manifestation de la Santé et nous ferons grève au printemps.

VIVE LA SANTÉ EN LUTTE

Aujourd’hui, nous sommes déterminés à changer la logique et à lutter contre ce monde marchand ! Et nous ne nous arrêterons que lorsque nous obtiendrons ce qui devrait être la norme : un financement pérenne des soins de santé et sa gestion partagées !

Notre lutte est destinée à la victoire parce qu’elle nous concerne toutes et tous, parce qu’elle est juste et parce qu’elle est belle !

Nous appelons toutes les personnes qui le souhaitent à nous rejoindre pour renforcer le combat !

La santé en lutte est un mouvement démocratique, solidaire et déterminé.

Rejoignez-nous pour préparer la suite !

VIVE LA LUTTE DE LA SANTE !

VIVE LA SANTE EN LUTTE !

La santé rue de la loi: préparons l’acte II

Ce soir, nous étions nombreuses et nombreux devant les lieux de pouvoir ! Aujourd’hui encore, nous leur avons montré notre détermination à combattre leurs politiques austéritaires et tous les drames qu’elles ne manquent pas de produire ! Nous sommes nombreu·ses à défendre un droit pour toutes et tous à un système de santé de qualité ! La Santé est un droit fondamental !

MERCI à toutes et tous d’être venu·es !

Aujourd’hui encore, nous leur avons montré que nous ne sommes pas dupes : les gouvernements qui se succèdent ne remettent nulle part en question le choix de la marchandisation du secteur de la Santé. Ce ne sont ni les remerciements, ni les applaudissements ou les primes qui nous préserverons toutes et tous, soignant.es comme patient.es, de revivre un tel cauchemar !

Nous avons besoin de plus de bras. Maintenant ! Pas l’année prochaine ! Pour ça il faut engager. Maintenant ! Pas l’année prochaine. Du personnel est disponible, il faut développer des bonnes conditions de travail pour maintenir le personnel en place et attirer de nouveaux/elles collègues. Il existe 19000 infirmièr·es diplomé·es dans la nature (1) et plus encore à temps partiel. Nous avons un taux de chômage à 6% et les structures de soins maintiennent beaucoup de collègues en contrat précaire : CDD, intérim, temps partiel imposé. Au lieu d’améliorer nos conditions, le gouvernement exploite la bonne volonté de la population pour la faire travailler gratuitement via le recours au volontariat. Au lieu d’engager des aides soignant·es ou plus de personnel d’entretien, par exemple, l’Etat instrumentalise les étudiant·es. En somme, au lieu de réinvestir et d’engager, le gouvernement préfère brader nos métiers et mettre en concurrence les bénévoles et les étudiant·es avec les travailleur·euses salarié·es… c’est un comble ! Pire, une injure.

Nous faire taire

Au lieu d’un réel débat public et d’une défense de la Santé comme un droit fondamental, ce sont des primes à la consommation que l’on nous verse pour essayer de nous faire taire. Nous ne les laisserons pas nous leurrer !

C’est la tarification à l’activité qu’il faut dénoncer, instaurée il y a plus de 15 ans, qui n’a fait que créer une course à la rentabilité, et dont la logique est antinomique de celle du soin. C’est l’austérité appliquée au secteur, engendrant morts et complications médicales, qu’il faut combattre. C’est la réduction du nombre de lits d’hôpital qu’il faut dénoncer, qui ne cessent de baisser depuis 1990 (2). Ce sont les causes des pénuries d’infirmièr·es qu’il faut questionner. C’est de la précarisation des métiers logistique et hôtelier qu’il faut parler. C’est de l’organisation actuelle des soins de santé, morcelés entre diverses compétences publiques, qu’il faut débattre. C’est du nombre de médecin en activité à temps plein – moins d’1 médecin pour 1000 habitant·es selon l’INAMI en 2016 (3) – qu’il faut parler. C’est la baisse continue de l’accessibilité réelle et effective aux soins qu’il faut dénoncer. C’est l’augmentation du nombre de patient·es par soignant·es. C’est le « marché des séniors » qu’il faut remettre en cause. Ce sont ces questions qui sont essentielles, et qui sont les seules à même d’apporter une réponse structurelle et pérenne !

La politique des soins

Il est urgent de dénoncer tout ça et demander justice et dignité pour nous toutes et tous. Nous museler au prétexte des risques sanitaires auxquels nous sommes par ailleurs exposés du fait du maintien des occupations non essentielles et de l’absence de mesures de protection adéquates (par exemple dans les transports en commun et dans les écoles) c’est encore ajouter une violence à celle que nous subissons depuis tant d’années.

Nous voulons un changement clair de la politique des soins, maintenant. Nous refusons de travailler pour du chiffre et de soigner des numéros ! Nous voulons une politique de prévention efficace et du temps pour prendre soin de la population. Nous voulons plus d’effectifs soignants, logistiques, administratifs et hôtelier afin de d’améliorer le travail au chevet des patient·es et les conditions de travail de l’ensemble des professions lié au secteur de la Santé. Il faut mettre fin à la dynamique austéritaire de nos gouvernements qui provoquent un affaiblissement des nos services publics, et renforcer le financement de la Santé pour améliorer les conditions de travail et la qualité des soins.

Que nous soyons soignant·es, patient·es d’aujourd’hui ou de demain, nous sommes toutes et tous concerné·es par la Santé ! Notre détermination est sans faille ! Nous devons augmenter le rapport de force ! Nous appelons toutes les personnes qui le souhaitent à nous rejoindre pour renforcer le combat ! Et c’est pourquoi La santé en lutte appelle à une grande journée d’action et de grève de l’ensemble du secteur au printemps !

Non à l’achat de notre silence

Le gouvernement nous lâche des primes et des mesurettes mais la loi sur la délégation des soins reste en place ! Le vieux rêve de Maggie De Block est ici concrétisé par Franck Vandenbroucke. Brader nos métiers c’est mettre nos patient·es en danger !

De plus, ces primes ne concernent pas l’ensemble du secteur. En sont exclus les maisons psychiatriques, le domicile, les maisons médicales, les travailleurs et travailleuses obligé·es d’exercer avec un statut indépendant, etc. alors qu’ils et elles ont subi de plein fouet la première et la deuxième vague.

Logiques de rendement

Ces mesurettes font écran aux problèmes fondamentaux que cette crise sociale et sanitaire ne fait qu’exposer sous une lumière crue. Le cœur du problème est d’avoir décidé il y a plus de 30 ans que le secteur de la santé devait devenir un marché, répondant à des logiques de rendement. Dès lors, l’augmentation de la charge de travail par travailleur·euse, la détérioration des conditions de travail et de la qualité des soins étaient inévitables.

Nous ne les laisserons pas nous leurrer ! Nous voulons un changement clair de la politique des soins. Nous refusons de travailler pour du chiffre et de soigner des numéros ! Nous voulons une politique de prévention efficace et du temps pour prendre soin de la population.

Rassemblons nous devant les lieux de pouvoir, là-même où sont prises les décisions, afin de dire non à leur politique !

CONTINUONS LA LUTTE

Action devant le comité de concertation

Ce 27 novembre était une journée combative ! Après l’action de ce matin au Palais de Justice, nous avons été cet après-midi devant le Palais d’Egmont à l’occasion du dernier comité de concertation de cette année. Nous dénonçons les mesures gouvernementales qui, quand elles ne sont pas insuffisantes voire inexistantes, sont inadaptées ou autoritaires.

La gestion de la pandémie est, depuis février, catastrophique. Ce sont aussi les décisions politiques de plus longue date qui ne nous ont pas préparées à faire face à une crise de cette ampleur alors que les pandémies sont un risque connu depuis des décennies, un risque qu’il fallait anticiper. Au contraire, ce sont leurs politiques d’austérité qui depuis des années mettent à mal nos services de santé et nos hôpitaux qui nous conduisent droit au mur !

Témoins et victimes

Nous en sommes témoins et victimes : manque d’équipement de protection individuelle rendant le travail dangereux et l’isolement comme seule solution, mortifère, pour les personnes à risques (dans les maisons de repos par exemple) ; manque de lits dans les institutions hospitalières, manque de personnel soignant provoquant décès évitables chez les patients et épuisement chez le personnel soignant, quand lui-même ne succombe pas littéralement.

Pour cette deuxième vague, pourtant annoncée, rien n’a été mis en place entre mai et octobre pour assurer une gestion sanitaire efficace. Nous dénonçons la reprise de l’école sans adaptation réelle permettant d’éviter les clusters. Nous dénonçons également la culpabilisation individuelle appuyant que l’on se contamine dans les activités sociales alors que les mesures sur beaucoup de lieux de travail ne sont pas applicables ou non appliquées. Les mesures prises il y a presque un mois ressemblent bien plus à une assignation à résidence généralisée, pour celles et ceux en ayant une… Elles favorisent l’isolement, plongent certaines personnes dans la précarité et renforcent l’exclusion des plus démuni·e·s. Leurs conséquences psychologiques et sociales sont visibles tout autour de nous. Nous avons besoin de mesures sanitaires solidaires et non sécuritaires.

2 milliards d’économie

Cette seconde vague est plus importante que la première et pousse le personnel de la Santé dans leurs derniers retranchements. Parce qu’il n’y a toujours pas de refinancement massif, pérenne et immédiat de la Santé (on se rappelle la rapidité avec laquelle des sommes astronomiques ont été débloquées pour sauver les banques en 2008 !), les hôpitaux, pour ne pas couler économiquement avec un nouveau report de tous les actes tarifables, doivent presser d’autant plus leur personnel pour gérer plusieurs fronts à la fois. Encore une illustration, s’il en fallait, de la violence du financement à l’acte !

Sur son seul mandat Maggie De Block a fait plus de 2 milliards d’économie ! Il nous faut un réel refinancement pour rattraper ces années d’austérité et celles qui ont précédées. La vie et la santé de la population sont en jeu, celle des professionnel·les également. Si nous n’attaquons pas la source du problème, chaque nouvelle « crise » nous fera revivre le même cauchemar.

Pour de vraies réponses, structurelles et durables, nous appelons l’ensemble des travailleur·euses du secteur de la santé et l’ensemble de la population à nous rejoindre le 11 décembre lors de notre rassemblement rue de la Loi (métro Arts-Loi) !

LE CAPITAL TUE LA SANTÉ, COMBATTONS L’AUSTÉRITÉ

Ce matin, nous avons déployé une banderole sur le palais de justice de Bruxelles pour dénoncer l’austérité appliquée à la Santé, l’insuffisance des mesures d’aide au secteur et la gestion calamiteuse de la pandémie.

Nos dirigeants ont eu 7 mois pour faire mieux que la première vague, le résultat ? La gestion de la crise, vague après vague, est catastrophique. L’OMS prescrit pourtant depuis mars un cadre clair pour endiguer l’épidémie : tester, isoler et identifier les contacts. A contrario, le gouvernement préfère culpabiliser honteusement la population, tolère les contaminations en entreprises pour ne pas entraver leur activité et réouvre les écoles sans moyens et sans mesures sanitaires adéquates. De plus, le dépistage est loin d’être massif, rappelons l’aberration de l’absence de tests pour les personnes asymptomatiques lors des dernières semaines. Et pour finir, l’isolement des contaminé·es est tout relatif quand on impose, par exemple, au personnel de la santé de travailler positif au Covid-19. C’est cette gestion qui nous a menée aujourd’hui à un deuxième confinement et à une surcharge des hôpitaux.

Responsabilité des dirigeants politiques

La santé en lutte dénonce la responsabilité des dirigeants politiques dans cette crise sanitaire. Il est, en effet, trop facile de se cacher derrière la culpabilisation des comportements individuels. Le gouvernement est responsable des choix fait en faveur de l’activité économique du grand patronat et au détriment de la santé de la population. Celui-ci doit répondre de ses choix guidés par la logique libérale.

Cette logique, nous, personnel de la santé, la connaissons bien. C’est, en effet, depuis des années que nous la côtoyons dans le secteur : marchandisation du soins, manque d’effectifs, sous-financement et précarisation des salaires. Le résultat est que quotidiennement nous devons nous battre pour compenser les décisions gouvernementales et les manques de budget. Aujourd’hui, pour faire face à la situation critique de pandémie nous n’avons que des réponses médiocres et court-termistes : primes, délégation des soins, appels aux bénévoles, prêt aux hôpitaux, etc.

Années de mépris et de déconsidération

Pourtant, les difficultés dans le secteur ne sont pas nouvelles : la pénurie de soignant·es, par exemple, est le résultat d’années de mépris et de déconsidération dont la majorité des partis au pouvoir actuellement sont les responsables. Nos collègues ont fuit la profession, dégouté·es par des conditions de travail nocives. Il n’y a donc pas de pénurie mais une hémorragie ! Au lieu d’assumer les erreurs et de changer de politique pour attirer de nouveaux les soignant·es vers le secteur à travers de l’engagement, l’amélioration des conditions de travail et une revalorisation salariale, celui-ci continue les attaques et cherche à déréguler le métier d’infirmièr·e ! Répondre à la crise avec la délégation des soins et décider sciemment de ne pas engager, c’est faire l’aveu du maintien de la politique mortifère de l’austérité. En effet, la réalité sur le terrain est que cette politique nous pousse quotidiennement à mettre en danger nos patients et a littéralement compter les morts.

Aujourd’hui face à la pression du secteur, des miettes nous sont octroyées sous forme de prime pour soutenir notre bonne volonté et nous encourager dans nos efforts et notre sacrifice quotidien. Alors que nous nous tuons, parfois littéralement, à la tâche, le gouvernement nous remercie avec ce qui équivaut à un bon d’achat pour les fêtes. Nous demandons bien plus que cela ! C’est un refinancement structurel, de l’engagement, des augmentations salariales et un arrêt de la marchandisation du secteur dont nous avons besoin ! Dont toute la population a besoin ! La santé est un droit fondamental et un bien commun !

Face au constat très insatisfaisant d’un Etat qui persiste dans sa dynamique, qui préfère économiser sur nos vies plutôt que de répondre à nos revendications, nous appelons l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur à utiliser la nouvelle prime octroyée pour organiser des actions et faire grève partout où il est nécessaire !

Nous appelons également toutes les personnes qui veulent défendre un système de santé de qualité et accessible à toutes et tous à nous rejoindre au rassemblement le 11 décembre devant les lieux de pouvoir, rue de la Loi. Rendez-vous à 17h au métro Arts-Loi.

La Santé rue de la Loi · De Zorg in de Wetstraat · Rassemblement · Bijeenkomst

Pandémie ou pas, nous ne pouvons nous faire marcher dessus à longueur d’année !

Le mépris…

Petit témoignage ce soir de ce que c’est de travailler en unité covid aujourd’hui, que j’ai envie de partager face à la nausée que me donnent toute une série de réactions et de mesures récemment.

Cela commence le matin, où en arrivant dans le service, tu as pratiquement tous les jours la boule au ventre d’apprendre si un des patients qui allait le moins bien est décédé pendant la nuit. Les bons jours on n’a pas à vivre ça.

Ni la force ni l’envie

Les mauvais, c’est avec un constat de décès qu’on commence la journée, parfois en retirant un pace-maker sur un corps que les infirmières essaient de rendre présentable en ravalant leurs larmes.

Alors tu écoutes le rapport de la nuit, les derniers paramètres de chaque patient. Tu dois téléphoner à la famille pour annoncer la nouvelle. Réveiller quelqu’un par un « Bonjour Madame, je téléphone malheureusement pour vous annoncer une mauvaise nouvelle »… Alors tu repousses. Tu repousses parce que tu n’en as ni la force ni l’envie. Parce que tu ne veux pas les réveiller avec un appel comme celui-là, parce que tu veux laisser à ces gens encore quelques heures loin du deuil et de cette souffrance.

Pendant la journée, tu réfléchis comment faire au mieux pour chacun. Toute la journée, tu vois toute une équipe, souvent épuisée, y mettre tout son cœur pour défier les pronostics les plus sombres ou parfois adoucir les fins les plus inéluctables.

Espérant que les choses iront mieux

Tu vois jour après jour, parfois heure après heure certains patients se dégrader. Alors tu majores les traitements, tu augmentes l’oxygène. Parfois tu sens les choses t’échapper, tu sais que tu ne pourras pas augmenter le débit d’oxygène éternellement, que les traitements ne feront pas de miracle.

Toute l’équipe voit les gens se dégrader. Les paramédicaux qui essaient tant bien que mal de maintenir le contact avec les familles en organisant des appels vidéos, les infirmières qui se démènent dans des soins lourds et complexes, les aide-soignant qui s’occupent des toilettes ou aident à manger des personnes qui étaient souvent habituées à pouvoir prendre soin d’elles-mêmes. Tu cours toute la journée en espérant que les choses iront mieux.

Tu tiens au courant les familles avec le plus d’honnêteté possible « oui nous sommes fort inquiets pour votre grand-père » […] « la situation est très délicate pour votre maman ».

Et puis il y a les soirs où tu te demandes si tu as bien fait, si tous ensemble et toi en particulier avons fait le maximum. Est-ce qu’on aurait pas dû changer l’antibiotique plus tôt ? Est-ce qu’on n’aurait pas pu faire tel examen ou pris telle décision ? Est-ce que j’aurais dû passer une dernière fois voir tel patient le soir avant de partir, pour essayer de lui redonner du courage ?

Heureusement, il y aussi les nouvelles qui donnent chaud au cœur. Des gens très mal en point qui finalement s’en sortent, qui redonnent à tout le monde du courage, et qui nous font combattre le pessimisme cru de la réalité.

Mais tout ça en fait, c’est pas grave. C’est pas grave parce qu’on l’a choisi, et parce que ça fait bien sûr partie de ce choix même hors covid. Ce qui est grave, et qui me met vraiment en colère, c’est le mépris et l’indécence incroyables que je constate souvent.

Mépris de la réalité

Un mépris de la réalité dans le discours de toutes celles et ceux qui ont minimisé voire nié les choses trop longtemps, ont reçu de nombreux médias un mégaphone pour répandre leurs idioties, et dont la plupart n’ont même pas la dignité de reconnaître leur erreur après coup.

Un mépris dans le discours anti-science qui s’ancre de plus en plus dans nos sociétés. Un discours qui trouve hélas un terreau fertile dans la méfiance généralisée (et légitime !) contre beaucoup de laboratoires pharmaceutiques tant ceux-ci ont prouvé à maintes reprises que leur priorité restait le profit avant tout.

Un discours anti-science parfois même relayé, même subtilement, par des personnalités politiques s’accordant le droit d’intervenir dans des choses auxquelles ils ne connaissent rien, et espèrent faire un bon coup de comm’ en ne respectant pas une quarantaine (coucou G-L Bouchez), en mettant en doute la parole d’experts (coucou la totalité de la NVA) ou en relayant des contre-vérités évidentes (coucou D. Clarinval, qui ici n’a surpris personne tant ses convictions climatosceptiques crasses parlent déjà pour lui).

Indécence révoltante

Et enfin une indécence révoltante. Dans les pressions exercées par certains contre les mesures de précaution prises, comme le VOKA, syndicat patronal flamand qui aura fait des pieds et des mains pour repousser le confinement, ou dans le non-respect des mesures dans un grand nombre d’entreprises (la moitié des entreprises visitées par l’inspection du travail ne les appliquant pas ou pas assez).

Je ne parle pas des gens, dont moi comme tout le monde faisons partie, qui en ont marre et souffrent du confinement. Celles et ceux pour qui cela signifie perte de revenus vitaux, limitation de liens sociaux ou dégradation d’une santé mentale déjà fragile. Ce qui est intolérable, c’est ceux qui refusent de s’astreindre aux mesures pour éviter une dépense publique que notre pays est largement capable d’assumer, ou pour garantir des revenus aux actionnaires dans des entreprises qui de toute évidence pourraient le supporter.

Nous ne vivons pas, contrairement aux bavardages habituels des néolibéraux, dans un pays pauvre et sans ressource. L’épidémie a un coût, mais notre pays a les moyens de le supporter. Il en va de l’honneur et de la dignité de notre société de choisir de privilégier l’intérêt collectif, et de supporter les décisions nécessaires. Toute la question est de savoir par quelles épaules.

La priorité au marché

Enfin, une indécence dans les déclarations de tant de « responsables » politiques. De Maggie De Block avec « si les infirmières se plaignent, c’est qu’elles ont du temps », à Sophie Wilmès (que tout le monde adore pour son bilinguisme…) qui recommandait il y a quelques années de baisser le nombre de lits d’hôpitaux, ou encore récemment Frank Vandenbroucke qui verse quelques larmes en conférence de presse, pour ensuite annoncer une éventuelle hausse de salaires pour les infirmiers…pour juillet 2021.

Une indécence en fait bien plus ancienne et généralisée, qui repose sur les tabous de l’austérité, la limitation des dépenses publiques, et une volonté inoxydable de donner la priorité au marché et aux dividendes, plutôt qu’aux services publics et à l’intérêt général. »

Nicolas Pierre assistant en médecine générale

Attaque contre le droit de grève

soutien aux 17 syndicalistes jugés

Nos luttes pour des vies dignes seront maintenant taxées d’entrave méchante à la circulation ?!

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté la décision du tribunal correctionnel de Liège qui a condamné 17 syndicalistes pour entrave méchante à la circulation lors de la manifestation en octobre 2015 sur le viaduc de Cheratte.

Attaque au droit de grève

C’est un précédent très dangereux qui n’est ni plus ni moins qu’une attaque au droit de grève et à l’action syndicale.

Si même les plus grosses instances syndicales sont menacées, qu’en sera-t-il des organisations et collectifs plus petits?

Nous manifestons notre total soutien à celles et ceux qui de tous temps savent dénoncer les injustices et lutter pour de meilleures conditions de vie pour l’ensemble.

C’est le gouvernement qui devrait être condamné pour entrave méchante à la santé, lui qui a sous financé le secteur depuis des années. Ce sont nos dirigeants qui devraient être jugés pour leur gestion calamiteuse de la pandémie et les attaques répétées sur notre système de santé et notre protection sociale!

Nous appelons l’ensemble du secteur de la Santé, ainsi que l’ensemble des syndicats, citoyen·nes et militant·es, à soutenir les 17 syndicalistes condamnés et à se saisir des préavis de grève posé par la FGTB ces 1er et 10 décembre afin de mener des actions. Il faut dénoncer cette atteinte à la liberté de contester et dénoncer la gestion catastrophique de la crise Covid par le gouvernement !

– Pour plus d’infos :

https://www.rtbf.be/…/detail_et-si-on-parlait-de-l…

http://www.fgtb-wallonne.be/…/pont-cheratte-fgtb-en…