Témoignage de terrain : « On en prend plein la gueule »

« Je suis infirmière et je travaille dans un hôpital qui a une grande activité de jours et des grands soins intensifs et nous avons donc eu beaucoup d’aide et pas trop de manque de matériel pendant la première vague. Je me disais donc que j’avais de la chance de travailler dans un hôpital qui permet de traverser cette crise sans trop être mis à l’épreuve.

La fatigue guette

Mais mon unité de soins intensifs est celle qui a des sas étanches, nous avons donc pris les Covid en charge depuis le début, depuis mars, presque 8 mois maintenant, durant lesquelles nous n’avons eu que deux semaines sans patients Covid.
Maintenant les chiffres commencent à remonter, les lits se remplissent, 10 pour le moment. Seulement l’hôpital ne veut pas arrêter son activité de jour pour ne pas perdre de l’argent et à cause de la fatigue, il y a plus de 20 certificat médicaux dans le personnel. La fatigue guette.

encore contagieuse

Puis il y a deux semaines, j’attrape le Covid. Heureusement, je n ai eu que cinq jours de symptômes, pas de grosses température. J’hésite à revenir pour mes cinq nuits mais mes 7 jours de quarantaine sont finis et je me sens mieux donc je viens. L’hygiène m’a bien spécifié que j’étais encore contagieuse pendant 14 jours, mais on me met dans une usi « normale » où il se trouve qu’il y a justement un patient en neutropenie fébrile. Heureusement, j’arrive à faire des changements avec mes collègues et je passe cinq nuits dans l’unité Covid. Au moins je n aurai pas contaminé mes patients, mais peut-être mes collègues…

Hier soir, j’apprends qu’une nouvelle partie du règlement de travail a été décidée, si tu es en quarantaine mais pas symptomatique, tu n’es pas mis en certificat médical mais en chômage temporaire ou en congés annuels. Mon médecin traitant m’a donné un certificat de quarantaine et non pas de maladie. J’en suis à ma première année de travail donc je n’ai encore droit à aucun des deux, je vais donc devoir récupérer les trois jours de boulot où je n ai pas su venir travailler…
Je vous écris parce qu’en voyant ce mail j ai été dégoutée, j avais envie de pleurer, je trouvais ça injuste.

Dégoutée

Qu’on se décarcasse depuis des mois, au péril de nos familles qu’on voit peu pour éviter de les contaminer, au péril de notre sommeil qu’on abandonne depuis des mois pour remplacer des collègues, renforcer des équipes.

Heureusement, mon chef s’est battu pour moi et je vais pouvoir rendre un autre certif disant que j’étais bien symptomatique, cette histoire va être réglée, mais le fait même que l’on nous oblige à venir en nous menaçant avec du chômage ou des congés annuels alors qu’on a tout donné pendant cette crise, et qu’on est qu’en octobre, que ça va sûrement durer au moins jusque mai, ça m’a dégoutée.

Merci pour tout ce que vous faites pour aider la profession à avancer !
J’adore mon métier mais je commence à en avoir marre de vivre dans un monde où on facilite la vie des gens qui vivent sur le compte d’enfants chinois et de paradis fiscaux, alors que les gens qui donnent tout pour rendre ce monde meilleur en prennent plein la gueule. »